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Jacques Baillon

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::. Interviews

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Président-délégué du Groupe Loup France (mars 2000)


Univers-nature - Pourriez-vous nous présenter brièvement le Groupe Loup France ?

Jacques Baillon - Il y a parmi nous pas mal de bons connaisseurs du loup, quelques personnages connus, comme la pianiste Hélène Grimaud par exemple, mais aussi quelques éleveurs, élus, ou bergers qui ne sont pas des "anti-loups primaires" et qui cherchent avec nous des solutions pour que grands carnivores et troupeaux puissent cohabiter. Notre Président d'honneur était Robert Hainard. On entretient des relations suivies avec pas mal d'organisations de défense du loup d'autres pays. Parmi nos dernières actions : l'organisation de stages sur la problématique loup, à la demande du ministère de l'Environnement (ATEN) à usage des personnels des parcs nationaux. Le premier a été organisé l'an dernier dans la Sierra de la Culebra, en Espagne, le second va se dérouler dans quelques jours dans les Carpathes roumaines. Nous allons également participer à un séminaire organisé pour informer les directeurs régionaux de l'Environnement. Nous avons aussi donné des chiens de protection à une dizaine d'éleveurs, et cet été, nous allons rénover deux cabanes pastorales, dans le cadre de chantiers de bénévoles, etc...


Question reçu par email - Pourquoi deux associations pour le loup en France (Mission Loup et GLF) ? Le monde associatif est suffisamment divisé pour ne pas en rajouter sur le loup. En plus en quoi votre discours serait plus efficace ?

Jacques Baillon - La mission Loup de FNE n'est pas une association, mais une structure dépendant du réseau Faune de FNE. Elle a été créée à l'initiative de 23 organisations qui s'étaient réunies il y a quelques années à Avignon (dont le Groupe Loup France), justement pour favoriser l'unité d'action. Puis elle a fonctionné en parallèle, je dirai en "petit comité", voire en concurrence avec les associations existantes, ce qui a fini par poser des problèmes de fond quant à l'existence même de cette structure, à son rôle, et à ses rapports avec les associations (c'est mon opinion). Nous avons été, un temps, membres de FNE, puis nos représentants ont été exclus de la Mission Loup. Aujourd'hui, FNE souhaite que l'on rejoigne à nouveau la structure fédérale, en même temps qu'ARTUS avec qui nous collaborons par ailleurs.

Actuellement, on constate un nouvel engouement pour des actions communes. Comme par exemple à l'occasion de la préparation de la manifestation du 25 mars. Un collectif de défense du loup s'est créé, car il est clair qu'il n'y a pas que le GLF ou la Mission Loup FNE qui s'activent. Il y a aussi l'ASPAS, le WWF, la SNPN, la SFEPM, les FRAPNA, et bien d'autres, dont des organisations nouvellement acquises à la conservation du loup, comme par exemple des ONG de défense animale telles que la SPA ou Talis. Le Groupe Loup France a dit, redit et écrit qu'il souhaitait que l'ensemble des associations de défense du loup coopèrent. Fédérées ou pas dans FNE, et que nous devions créer un mouvement puissant. Nous avons fait des propositions précises en ce sens au réseau Nature de FNE, et nous ne revendiquons pas l'exclusivité ! Il faut se partager le travail si l'on veut être plus efficace. Les discussions vont se poursuivre. Tout cela, au delà du loup, pose le problème récurrent de l'émiettement associatif, donc du "pouvoir" ou de la représentativité des uns et des autres et ce n'est évidemment pas simple à gérer.


Question reçu par email - Les positions de GLF sont souvent plus " molles " que celle de la Mission Loup, pourquoi ?

Jacques Baillon - Elles peuvent apparaître "molles" à des personnes qui ne connaissent pas le problème (ou qui sont mal intentionnées). En fait, je crois que c'est plus une question de "style" et de méthodes qui est posée. Car sur le fond il n'y a pas de divergences fondamentales (FNE nous a d'ailleurs proposé de contribuer à la rédaction de son nouveau "manifeste" pour le loup).

Nous sommes clairement pour la présence du loup partout en France, comme cela est d'ailleurs indiqué dans nos statuts, mais nous préconisons aussi le dialogue avec le monde rural afin qu'il finisse par prendre sa part à la préservation de la nature. Il n' y a pas de raisons qu'il reste à l'écart. Les consommateurs, les industries, les Etats, font des efforts pour s'adapter aux impératifs de la préservation de la nature. Le monde agricole doit s'y mettre et on doit l'y aider. L'invective n'est pas un bon moyen. Raison supplémentaire : c'est lui qui dispose des moyens de flinguer et de répandre du poison. Nous avons des alliés, des sympathisants, et même des amis dans ce milieu. Si on veut les convaincre, il faut dialoguer avec lui. Comprendre ses problèmes. Encourager ceux qui ne se reconnaissent pas dans les discours extrêmistes des syndicats agricoles. Ils sont plus nombreux qu'on le croit, mais restent silencieux. Evidemment c'est difficile, mais c'est la seule voie - pragmatique et conciliante - qui nous paraît être la bonne pour arriver à sauver définitivement nos quelques ours et loups. Quant à la "mollesse", je voudrais seulement rappeler que nous sommes - nous GLF - à l'initiative de la bagarre générale contre le rapport Chevalier et que le GLF assume actuellement une grande part du travail dans l'organisation des manifestations "pro-loup" de Paris. Je crois que nous avons réussi à sortir de la torpeur le monde associatif.

Diffuser des communiqués à des personnes déjà convaincues d'avance, c'est bien. Agir plus fortement, c'est mieux. Nous avons également signifié à l'avocate de l'ASPAS que nous soutenions complètement les plaintes déposées par cette association contre les instigateurs des battues. Nous ne sommes donc pas "mous", mais nous essayons d'être efficaces et d'aller un peu au delà des positions de principe. Par exemple nous avons admis qu'il faudrait probablement décréter le loup "indésirable" dans certaines régions (comme le Larzac par exemple) où l'on ne voit pas bien comment il serait possible de faire coexister élevage intensif et grands carnivores sauvages, sans que cela ne soit une perpétuelle bataille avec les agriculteurs. Perpétuelle et inextricable.

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