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Agriculture bio : interview du président en Ile de France

Président des agriculteur biologique d’Ile de France (mai 1999)

Univers-nature – Pouvez-vous nous présenter votre structure ?

Jacques Frings - Jacques Frings : J’ai toujours fait de la bio car c’est mon père qui avait commencé à cultiver bio, il y a plus de 20 ans.

Je cultive bio une dizaine d’hectares de vergers pommes et poires, deux hectares de légumes de plein champ, et le reste en céréales ; mais la spécialité de la maison c’est tout de même les pommes et les poires, avec beaucoup de variétés de fruits.

Ce qui est très important aussi c’est le point de vente à la ferme qui existe depuis très longtemps. Il s’est développé de façon importante par la production de légumes divers pour compléter la gamme de pommes et de poires en hiver, puis par la création d’un poulailler pour proposer des oeufs. Au final on est devenu une biocoop qui propose aussi une épicerie bio.

Univers-nature – Pourquoi l’agriculture biologique ? A l’époque c’était tout de même un choix osé !

Agriculteur bioJacques Frings - Oui c’était osé. L’arboriculture a été la première à utiliser des produits chimiques en quantité importante, le principe ne plaisait pas à mon père qui était très soucieux de la qualité de l’alimentation. Il trouvait que déjà à l’époque, la qualité des produits se dégradait, il a cherché autre chose et a rencontré Nature et Progrès, des gens qui pratiquaient la bio ; il s’est lancé. En fait des gens qui pratiquaient la bio ils y en avait très peu, et donc il a eu beaucoup de mal, pendant de nombreuses années il a dû, moi avec lui d’ailleurs, découvrir de nouvelles techniques et pratiques.

Univers-nature – Quelles sont les contraintes principales pour cultiver bio ?

Jacques Frings - C’est le respect d’un cahier des charges qui est maintenant européen. Le cahier des charges c’est pour rentrer dans une norme, pour pouvoir se faire certifier. Sur le terrain même, il y a la pratique de la bio et là il faut changer d’état d’esprit. Changer par rapport aux pratiques agricoles telles qu’elles sont apprises et utilisées couramment, l’objectif ce n’est pas de remplacer des produits ou des engrais chimiques par des produits autorisés dans le cahier des charges, l’objectif il est complètement différent, il est de mettre les plantes dans des situations ou dans leur environnement au sens large, telles qu’elles n’aient pas besoin d’être traitées par des fongicides ou des insecticides, qu’elles ne soient pas malades et qu’elles poussent bien parce que l’on a besoin de sortir de beaux produits à la fin. Quand on a réussi à mettre les plantes dans ces conditions-là, on a un produit top qualité, de bonne conservation et bien équilibré. Donc on soigne la fertilité du sol, on fait très attention à ne pas y créer de déséquilibre en apportant des matières fertilisantes ou minérales. Pour les cultures annuelles cela passe par une rotation des cultures, qui est un peu plus complexe et plus longue que dans l’agriculture classique. Pour le végétal c’est un choix de variétés et d’espèces adaptées à la région et à l’environnement au sens large, l’élevage c’est un peu le même principe, on met les animaux dans des conditions telles qu’ils n’aient pas besoin d’antibiotiques.

Univers-nature – Comment procédez-vous lorsque vous avez des arbres malades ?

Jacques Frings - Il y a plusieurs cas. Il n’y a pas une solution dans la nature, il y a toujours une multitude de facteurs et de solutions en fait. Il y a des variétés d’arbres du verger que j’ai dû supprimer parce qu’elles n’étaient pas du tout adaptées, c’étaient impossible de les faire en bio sur notre terroir. La bio fait ressortir énormément les phénomènes de terroir. Pour les maladies moins graves, les champignons, les tavelures ou l’oïdium par exemple on peut les combattre avec le souffre et le cuivre qui sont autorisés en culture biologique. Le cuivre est tout de même un métal lourd et c’est embêtant d’en utiliser beaucoup, donc par principe on l’utilise peu, moi-même j’ai réussi à ne presque plus l’utiliser, par contre le soufre c’est un produit intéressant comme fongicide et je l’utilise tout de même contre les maladies cryptoriennes13. Mais le verger de pommiers dont plus de la moitié était de la Golden il y a 20 ans, maintenant n’en a même plus 5 %, car la Golden est très fragile et sensible aux maladies. Donc je vais traiter avec des produits autorisés en bio mais j’ai fait aussi des choix important de sélection variétale pour avoir des variétés qui ne sont pas trop difficiles. Si vraiment la maladie est trop grave, c’est que le choix n’est pas bon, il ne faut pas faire ça en bio à cet endroit-là, il faut le laisser peut être au sud de la Loire dans des climats plus appropriés, plus secs ou qui craignent moins la maladie. La bio c’est ça, c’est un choix d’espèce, de variété on ne fait pas n’importe quoi n’importe où et si on n’y arrive pas on fait autre chose.

Univers-nature – Y a t’il une grosse différence de production entre vous et les autres, à variété et espèces identiques ?

Jacques Frings - Cela dépend des types de cultures. Pour les grandes cultures types céréales c’est très intensifié, donc quand on cultive bio on ne peut pas intensifier comme le font les autres, donc le rendement chute de moitié. Pour des cultures comme les légumes les différences sont moins importantes, bien sûr dans les cultures classiques l’emploi de désherbant va faire gagner énormément de temps, mais avec la fertilisation sur ce type de culture on peut apporter des fertilisants ou des amendements organiques pour que le sol soit bien nourri, presque aussi bien qu’avec des engrais solubles, par contre on va moins arroser et moins doper les plantes, parce qu’on n’a pas le droit d’utiliser ce qui peut lutter contre les maladies, les champignons ou les insectes, donc on va moins pousser la plante. Une plante surfertilisée devient très fragile ; le puceron qui suce sa sève va vivre deux fois plus longtemps et se reproduire deux fois plus, parce que la sève est très riche en matière azotée et il va proliférer. Nous on ne souhaite pas traiter même avec des produits bio puisque de toute façon ils sont moins performant que les autres. En légume on fait donc un peu moins de rendement mais pas 50%, ça va être 20 à 30 % en moins. En arboriculture où c’est quand même très intensifié là on va redescendre à 50%, l’arboriculture industrielle est tellement poussée que lorsque l’on veut faire du naturel on est vraiment très loin.

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Article écrit par Pascal (voir la biographie)
le 25 février 2013 à 08:41

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