| Univers-nature.com | Echo Nature magazine | Publicité | Nos annonceurs | Contact | Flux RSS | Achat nature |


Chercher un article

entre le :
et le :
Tous les mots:
 Oui   Non

Les articles les plus lus


A la Une


Services Univers-nature

Comparateur de prix
Annonces immobilières
Travaux habitat
Déménagement


30-05-2009

Les forêts mondiales sont-elles bien protégées ?

2010 ou l’heure du bilan pour les grandes conventions internationales sur l’environnement. L’échéance approche pour la célèbre Convention sur la Diversité Biologique (CDB) qui s’était donné pour objectif de protéger « au moins 10 % de chaque type de forêts » existant sur la planète et freiner le déclin de la biodiversité. Alors qu’en est-il aujourd’hui ? Cet objectif est-il atteint ?

Afin de dresser un état des lieux, une équipe de recherche internationale a analysé le statut de protection des forêts à l’échelle globale. Publiés cette semaine dans la revue Biological Conservation (1), les résultats montrent, qu’au total, 7,7 % des forêts mondiales sont protégées. Cette proportion s’élève à 13,5 % en considérant l’ensemble des espaces gérés à des fins de conservation (2). Mais ce chiffre cache d’importantes disparités selon les types de forêts, par exemple : seulement 3,2 % des forêts inondées de la zone tempérée sont sous protection, 10,3 % des forêts tropicales humides et 28 % des forêts tempérées d’arbres à feuilles caduques.

Tour d’horizon des forêts mondiales
De la mangrove en passant par les peuplements de conifères de la zone boréale, les forêts du monde sont loin de représenter un groupe homogène et dans cette grande diversité de forme et de fonctionnement, plusieurs classifications existent. Deux d’entre elles ont été utilisées pour mener cette analyse. La première s’appui sur le Global Forest Map (GMF), une cartographie établie par le PNUE (3) qui identifie 20 types forestiers. A partir du GMF, il est estimé que l’aire couverte par les forêts s’élève à 39 millions de km2, soit 30 % de la surface terrestre. Et seulement 7,7 % de cette surface est protégée, avec une moyenne de 8,9 % pour chacun des types. La seconde classification utilisée est la division en écorégions, c’est-à-dire en des zones du globe présentant des caractéristiques climatiques, géologiques et écologiques propres. Lors de l’étude, 670 régions écologiques ont ainsi été prises en compte et il apparaît que 65 % d’entre elles n’atteignent pas le niveau de protection attendu. Ces résultats sont encore loin des 10 % préconisés par la CDB, et les insuffisances s’observent surtout en Afrique centrale, dans les zones boréales et le Sud-Est asiatique.

Etat de protection des « hot-spots » de biodiversité
A l’échelle mondiale, certains sites sont apparus comme prioritaires pour la conservation. Au regard des 34 « hot-spots » de biodiversité, ces hauts-lieux abritant une très grande richesse faunistique et floristique, les auteurs de l’article montrent que 20 d’entre eux n’atteignent pas les 10 % de forêts protégées. Aucune des forêts localisées dans les montagnes du Sud-Ouest de la Chine ou encore dans l’Est de la Mélanésie ne bénéficie d’un statut de protection. Les scientifiques ont ainsi conclu que, paradoxalement, les forêts ne sont pas mieux protégées qu’ailleurs dans les sites définis comme « d’une haute importance pour la biodiversité ».

Au final, les 10 % de forêts protégées, objectif phare de la CDB, ne seront très certainement pas atteint l’année prochaine. Cela dit, ce genre de pourcentages et d’échéances, dont les grandes messes internationales nous ont rendu coutumiers, restent totalement arbitraires. Les chiffres sont avant tout à visée politique et, la plupart du temps, reportés à d’autres termes sans plus d’évaluation. Il y a donc de quoi se réjouir à voir enfin ici un suivi de la part des scientifiques.
Néanmoins, ce genre d’étude se mène toujours à partir de cartes et d’images satellites, de quoi avoir une vision globale, mais aussi de quoi s’éloigner de la précision du terrain. Dans les faits, et localement, la mise sous protection d’un espace n’est pas forcément la panacée. Le plus souvent elle impose à tous les peuples du monde des logiques patrimoniales purement occidentales. L’idée de sanctuaire et de nature immuable et inviolée qu’on trouve dans la recette « réserve naturelle » reste contradictoire. Elle s’accorde souvent mal avec les données scientifiques qui démontrent la dynamique inhérente aux écosystèmes. Mais, également, la politique des aires protégées résonne franchement d’une forme d’ingérence quand elle vient contraindre d’autres sociétés humaines par des formulaires rédigés à Johannesburg ou à Dubaï.
Elisabeth Leciak

1- Schmitt C. B. & al., 2009. Global analysis of the protection status of the world’s forests. Biol. Conserv., In Press 
2- L’UICN a établit des catégories pour les statuts de protection des espaces, allant de la catégorie I pour les réserves intégrales, jusqu’à IV pour tous les espaces protégées. Les catégories V et VI regroupent les espaces gérées à des fins de conservation.
3- Programme des Nations Unis pour l’Environnement.
Envoyer cet article
à un ami

S'abonner pour recevoir
l'actu. par mail (gratuit)
Cet article vous a plu,
votez pour lui sur