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01-10-2006

Les émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, revues à la hausse

Bien que moins médiatisé que le dioxyde de carbone (CO2), par exemple, le méthane (CH4) est pourtant l’un des plus puissants gaz à effet de serre. A titre d’illustration, son pouvoir de réchauffement est 23 fois supérieur à celui du CO2.
Si, jusqu’aux dernières estimations, on pensait ses concentrations dans l’atmosphère stabilisées, il semblerait que ce statu quo ne soit qu’un trompe l’œil. En effet, selon des chercheurs du Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (CEA), cette situation ne signifie pas que les émissions 'humaines' de CH4 sont stables depuis plus de 15 ans, au contraire. Elles ont bel et bien augmenté, mais cette augmentation a été 'masquée' par la diminution simultanée, du fait de la sécheresse, des émissions naturelles de méthane en provenance des marais et des zones humides.

Pour en arriver à cette conclusion peu réjouissante les chercheurs du CEA ont étudié les mesures prises par 64 stations, disséminées un peu partout sur le globe, entre 1984 et 2003. L’analyse de ces résultats leur a permis de discerner les émissions de méthane selon leur origine : industrielle, agricole et naturelle (feux de forêts et zones humides). Il en ressort, qu’après une réelle chute lors de l’éclatement du bloc de l’ex-URSS, les émissions de méthane dues à l’activité humaine ont de nouveau augmenté à partir de 1999, avec l’émergence de l’industrie chinoise.
Pour l’heure si cette augmentation reste masquée par la diminution des zones humides mondiales, dans quelques années les concentrations de méthane dans l’atmosphère pourraient faire un nouveau bond. Un phénomène qui s’est déjà produit de façon spectaculaire avec l’arrivée de l’ère industrielle (au XIXe siècle donc), époque à laquelle les concentrations de méthane ont explosé atteignant en à peine deux siècles les 1 750 ppb (parti par billion), contre une moyenne de 750 ppb pour les millénaires passés.

A noter aussi, que la fonte actuelle du permafrost (1) sibérien est en train de libérer des quantités de méthane jusqu’alors sous estimées. Une équipe de l’Institut de biologie arctique à l’Université d’Alaska, en étudiant les rejets de CH4 de deux grands lacs de Sibérie, vient de publier les estimations suivantes : les lacs sibériens rejetteraient au total 3,8 millions de tonnes de méthane par an, soit 5 fois plus que supposé. La surface des lacs s’est ainsi étendue de 14,7 % entre 1974 et 2000 dans le Nord de la Sibérie, provoquant une hausse de 58 % des émissions de méthane de cette région.
Sachant que le méthane libéré dans l’atmosphère par cette fonte contribue grandement à l’effet de serre, donc au réchauffement climatique, et sachant que ce réchauffement accélère la fonte du permafrost arctique… il semblerait que le cercle vicieux soit bel et bien installé.

Pour rappel, le méthane résulte, entre autres, de l’action de microbes évoluant dans les milieux sans oxygène. Dans la nature on le retrouve en abondance dans les zones humides ou l’eau stagnante est propice à sa formation, et dans les flatulences et les rots (surtout des animaux comme les vaches, au complexe système de digestion). Cela étant depuis l’apogée de l’industrie, les activités humaines produisent à leur tour du méthane.

1- Couche de sol ou de roches dans laquelle la température a été continuellement inférieure à 0 °C pendant au moins quelques années.
Cécile Fargue

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