Si le plomb se répand essentiellement par les oiseaux d'eau, l'ensemble de la pyramide alimentaire est atteinte, y compris les grands prédateurs, par la consommation d'animaux malades ou ayant des plombs incrustés.
Les oiseaux victimes d'intoxication chronique ou aiguë meurent et sont consommés par des charognards ou insectes nécrophages, qui à leur tour vont contaminer ceux qui les mangeront etc...
Les animaux affaiblis par la contamination sont tués par des prédateurs ou l’homme pour leur consommation.
Les oiseaux Organismes racleurs ou filtreurs sont susceptibles de concentrer le plomb métal ou solubilisé.
De 10 % à 70 % (selon le lieu) des pelotes de régurgitation des aigles étudiées aux USA contenaient de la grenaille (Dunstan, 1974; Platt, 1976; Griffinet al., 1980; Pattee et Hennes, 1983), ce qui implique qu’ils ont mangé de la chair contaminée et contenant des plombs. Plus on est proche des zones chassées au plomb au Canada, plus les pygargues sont intoxiqués.
Le saturnisme est aussi confirmé par l'USFWS (1986) et Locke et Friend (1992) pour :
- le Faisan à collier
- le Colin deVirginie
- le Colin écaillé
- la Perdrix grise
- les foulques
- le Râle deCaroline
- le Râle élégant
- le Râle gris
- la Grue du Canada
et plusieurs oiseaux des rivages
Les victimes potentielles
Sont concernés, tous les oiseaux d’eau se nourrissant de 0 à 1m de fond (voire plus pour les plongeons et quelques oiseaux marins), sur les zones humides, dont les littoraux chassés, et les bas de bassins versants qui recueillent aussi des billes de plombs véhiculées par les cours d’eau (des chercheurs d’or trouvent souvent des billes de plomb dans leurs battées, sur des lieux où il n'y a pas d'action de chasse, ndlr)
- oiseaux de proie (aigles, faucons, buses, busards, balbuzard pêcheurs), vautours ou charognards occasionnels, corvidés, oiseaux piscivores (pélicans, cormorans, plongeons, pingouins..) par ingestion de billes dans le milieu, ou dans la chair d’une proie.
- oiseaux non aquatiques, mais à longue durée de vie (accumulation) comme la bécasse (20 ans)
- amphibiens, contaminés à l’état de tétards pour les anoures (rainettes, crapauds, grenouilles dont les tétards sont des racleurs qui mangent occasionnellement sur les cadavres), ou contamination à bas fond pour les adultes insectivores
- tortues - alligators
- mammifères carnivores aquatiques (loutres, etc) ou terrestres (ours, loup, lynx, sangliers, etc)
- quelques herbivores comme les élans et orignaux qui peuvent manger des billes de plomb retenues par les plantes palustres ou aquatiques
- poissons (par contamination alimentaire ou transcutanée pour les espèces vivant sur les fonds vaseux, pour les carnivores et/ou détritivores, notamment racleurs)
- écrevisses, micro-crustacés
- invertébrés des vases (vers, sangsues, larves diverses), ou se développant sur les cadavres immergés ou émergés, insectes nécrophages (et leurs consommateurs insectivores)
- escargots (racleurs)
- moules d’eau douce
- volailles et mammifères domestiques qui meurent plus souvent qu’on ne le pense de saturnisme pour avoir ingéré des plombs (Hunter et Haigh,1978).
Locke et Friend (1992) ont conclu que « le saturnisme est documenté chez une variété suffisante d'oiseaux pour nous faire envisager que tous les oiseaux sont susceptibles d'intoxication s'ils avalent de la grenaille et ne l'évacuent pas »
Des effets en cascade
Mortalité par saturnisme aigu
Effets sur les comportements et la fitness (chances de reproduction et survie de l’espèce)
Chasseurs et organismes gestionnaires de la faune ont longtemps sous-estimé cette forme de saturnisme, en pensant qu’elle ne constituait pas un problème de gestion de la faune ou de sécurité alimentaire. Les recherches récentes confirment pourtant sans ambiguïté possible que cette intoxication secondaire est commune (elle touche jusqu’à 100 % des rapaces sur deux zones de chasse intensive étudiées en France).
C’est une cause de mortalité très sous-estimée, maintenant démontrée en Europe, Asie et Amérique chez les rapaces.
Aux USA, de nombreux Aigles royaux meurent de saturnisme, même depuis l’interdiction du plomb dans les zones humides, y compris là où la chasse est interdite depuis 50 ans (USFWS, 1986).
Les aigles morts intoxiqués par le plomb aux USA le sont à 50 % dans les Etats riverains du Canada avec un nombre particulièrement élevé de décès au Minnesota, au Wisconsin et dans le Montana.
Dispersion de plomb par les oiseaux blessés
USA : 3 millions d'anatidés blessés déclarés non-retrouvés par an, soit environ 18 % du total des anatidés abattus entre 1972 et 1984, avant que l’acier soit obligatoire
Canada : les chasseurs d'anatidés de la Prairie ont très sous-estimé les pertes par blessures. Selon Nieman et al. (1987) les pertes seraient comprises entre 20 et 45 %, alors que les chasseurs n'en signalaient que de 6 à 18 %.
De nombreux oiseaux exportent du plomb toxique de la France vers l’Espagne et l’Afrique,et vers les pays nordiques. Le phénomène peut perdurer des décennies.
- Des écologues et pathologistes des états de NewYork et du Wisconsin signalent régulièrement l'arrivée d'oiseaux empoisonnés au plomb au Canada. Le plomb est interdit aux usa pour la chasse aux oiseaux d’eau depuis 1991, Dans les 7 ans qui ont suivi 79 aigles y ont été trouvés empoisonnés au plomb (USFWS, comm. pers. / Env.Canada). 58 % de ces oiseaux venaient d'États frontaliers du Canada comme le Minnesota, le Wisconsin et le Montana.. avant la limitation du plomb au Canada.
L'ensemble de la chaîne alimentaire est atteinte avec notamment des animaux type gibiers qui peuvent être par la suite consommés par l'homme et le contaminer à son tour comme les études le montrent pour les populations Inuits du Canada.
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