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Alimentation: l’exposition chimique demeure

Présentée le 29 juin dernier, une vaste étude, réalisée par l’Anses (1) de 2006 à 2010, a évalué l’exposition alimentaire aux substances chimiques de la population française. Dite de l’alimentation totale (EAT), cette étude a recherché 445 substances chimiques (pesticides, métaux lourds, contaminants issus des activités humaines, phyto-estrogènes, additifs…) dont 12 minéraux, dans des échantillons constitués à partir de 20 000 aliments appartenant à 212 familles de produits différents.

Pour 85 % des substances ayant pu être analysées, l’évaluation des expositions des consommateurs reste toujours en dessous des Valeurs Toxicologiques de Référence disponibles (VTR). Concernant les pesticides, la recherche de 283 substances actives phytopharmaceutiques confirme un niveau de conformité supérieur à 95 % au regard des seuils réglementaires. Du côté des dioxines et des PCB (2), le pourcentage d’adultes et d’enfants potentiellement exposés à des niveaux supérieurs au seuil toxicologique, considéré comme sans risque pour une exposition de long terme, est passé de 20 à 28 % en 2005 à moins de 1% aujourd’hui. En revanche, on constate une hausse des expositions à certaines substances, dont le cadmium, l’aluminium, le chrome, ou encore certaines mycotoxines comme le déoxynivalénol (DON).

Sur les 445 substances analysées, 433 sont des substances chimiques pour lesquelles l’Anses souhaite pouvoir examiner les risques à long terme. Par ailleurs, pour une douzaine de substances ou familles de substances, le risque de dépassement des valeurs toxicologiques de référence ne peut être écarté pour certains groupes de consommateurs. Sont principalement concernés le plomb, le cadmium, l’arsenic inorganique, l’aluminium, le méthylmercure, les dioxines et PCB, le deoxynivalénol (DON) et ses dérivés, l’acrylamide, les sulfites, et le diméthoate. Présentant les plus fortes teneurs, certains aliments contribuent fortement à l’exposition à certaines de ces substances. C’est notamment le cas des poissons gras pour les dioxines et PCB, ou du thon pour le méthylmercure. Il peut également s’agir d’aliments qui ne sont pas nécessairement très contaminés mais très consommés, à l’instar du pain (cadmium, plomb, DON et dérivés), des pâtes (aluminium), du café chez les adultes (cuivre, arsenic inorganique et acrylamide) et du lait chez les enfants (plomb, arsenic inorganique).

En conclusion, l’Anses reconnaît la nécessité de « réexaminer les conclusions de cette étude à la lumière de la réévaluation des VTR de certaines substances étudiées en prenant en compte, le cas échéant, les effets de perturbation endocrinienne ». Elle appelle également à des travaux complémentaires afin d’étudier les effets cumulés d’expositions multiples et les voies d’exposition autres qu’alimentaires. Selon elle, « cette étude montre que les risques tant nutritionnels que chimiques peuvent être minimisés en évitant de consommer régulièrement un petit nombre d’aliments en grandes quantités ».

Saluant la réalisation de cette étude, Générations Futures s’inquiète, toutefois, qu’un risque toxicologique potentiel ne soit écarté pour 15 % des substances étudiées. L’association souligne également l’augmentation de la teneur en cadmium de certains aliments, certains engrais agricoles ou boues d’épandages pouvant être des sources de contamination. Enfin, elle remet en question la validité de certaines valeurs toxicologiques de référence et déplore que l’interaction des molécules entre elles n’ait pas été prise en compte.

Cécile Cassier
1- Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

2- Les polychlorobiphényles sont une grande famille de plus de 200 composés, utilisés par l’industrie, sous forme de mélange, pour leurs propriétés isolantes et leur stabilité chimique et physique.

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commentaires sur cet article - Univers Nature

Article écrit par Pascal (voir la biographie)
le 01 juillet 2011 à 12:00

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