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Les anciennes variétés potagères au tribunal

Durant des millénaires, les paysans ont produit leurs semences, en ont amélioré, sélectionné et créé de nouvelles variétés, qu’il s’agisse de céréales, de légumes ou de fruits, pour une adaptation toujours plus grande à leurs conditions de cultures locales. Avec l’arrivée du XXe siècle, les choses ont progressivement évolué, et les agriculteurs se voient de plus en plus dépossédé de cet héritage, à savoir des dizaines de milliers de variétés différentes de plantes, par les industriels de la semence. Ainsi, en l’espace d’un siècle, des milliers d’anciennes variétés ont disparu en Europe et en Amérique du Nord.

Aujourd’hui, mis à part quelques petits producteurs et/ou distributeurs disséminés ici et là, il est difficile de se procurer des variétés anciennes, véritable patrimoine de l’humanité. La situation pourrait même se compliquer car l’association Kokopelli, qui propose plus de 1 200 variétés anciennes de légumes, fleurs et céréales issues de l’agriculture bio, est assignée en justice par la société Graines Baumaux qui considère comme déloyale la concurrence de l’association.

Il est vrai que pour être légalement commercialisée, une variété potagère doit être inscrite sur le catalogue officiel des espèces et variétés de légumes, et que les semences anciennes, proposées par l’association Kokopelli, ne figurent pas toutes sur ce catalogue dont les portes sont grandes ouvertes aux variétés hybrides…

Au-delà de l’assignation de Kokopelli devant les tribunaux, c’est le droit de chacun à cultiver, semer, acheter, transmettre, consommer, tout végétal qui est mis en cause. Si Kokopelli devait cesser cette diffusion, d’autres structures pourraient suivre le même chemin, remettant en cause la conservation de centaines de variétés spécifiques, faute d’un relais de distribution.

Pourtant, à l’heure où le réchauffement climatique est de plus en plus perceptible, un réservoir de variétés dites anciennes pourrait s’avérer utile pour permettre à l’agriculture de s’adapter à l’évolution du climat. Pour cela, il suffirait de supprimer l’obligation d’inscription au catalogue officiel qui, rappelons-le, est payante (1), ce qui aurait pour effet de libérer l’accès, de tous, à toutes les semences.

C’est d’ailleurs ce que demande, à sa façon, Kokopelli dans une pétition intitulée ‘Libérons les semences’, en estimant que ‘le maintien de la biodiversité est facteur de sécurité, d’indépendance alimentaire et de nourritures abondantes pour demain’.

Pascal Farcy
Photo fruits anciens © Stephen Clément – CDTA et diversité de tomates © Dominique Guillet

1- Le coût de l’inscription au catalogue officiel, pour une variété de céréales, s’élève à plus de 8 000 € pour les 10 premières années. Ce coût prohibitif empêche l’inscription des variétés anciennes, très nombreuses.

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